Mercredi 4 Novembre 2026

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La majorité des clubs endettés et les SSPA au bord de la faillite

Fini le temps de la vache à traire

Notre football professionnel va mal et les succès de l’équipe nationale en Afrique ou la réussite des clubs engagés en compétition continentale ne peuvent pas indéfiniment servir d’arbre qui cache la forêt.

Les raisons de cet état de délitement sont à rechercher dans les fondements même du professionnalisme à l’algérienne, conçu à la va-vite, pour répondre à une injonction de la Fifa.

Interrogé à cette époque, l’ancien président de la FAF, Mohamed Raouraoua, avait annoncé que tous les clubs engagés en Divisions une et deux professionnelles étaient tenus de respecter le cahier des charges mis en place par la FAF. Il avait notamment indiqué qu’il allait être intransigeant concernant le respect de ce document, «quitte à démarrer le championnat avec cinq ou six clubs seulement». Mais cette assurance et cette intransigeance furent vite balayées par l’irruption de considérations politiques dans la sphère du ballon. Pour gagner la paix sociale, l’Etat était prêt à vendre du rêve à la jeunesse, en permettant toutes les entorses au cahier des charges régissant le professionnalisme et en foulant au pied toutes les lois pour donner l’impression d’avoir réussi la mue de notre football. L’argent coulait à flots à cette époque et il fallait se conformer aux directives de la Fifa, quel que soit le prix à payer.

Les premiers couacs dès la première saison

L’euphorie née de la mise ne œuvre du professionnalisme en Algérie allait vite disparaître, effacée par la réalité du terrain. Les clubs n’étaient pas préparés pour faire le bond dans un mode de gestion où le hasard n’a pas sa place. Habitués à une gestion souvent ne répondant à aucune norme, les clubs se sont vite faits rattrapés par les exigences qu’imposait le professionnalisme. Le premier gros problème évoqué à cette époque fut les assurances des joueurs engagés dans la compétition. La Cnas a vite tiré la sonnette d’alarme, en faisant remarquer que le niveau des salaires perçus par les joueurs ne rentrait pas dans sa nomenclature de prise en charge. Il fallait trouver une solution à ce problème. Les clubs n’ont pas hésité à botter en touche en se défaussant sur les joueurs qui devaient, selon eux, prendre en charge leurs assurances sociales et autres déclarations à la Cnas. Il faut noter dans ce cadre que ce problème demeure à ce jour et que si  une remise à plat serait envisagée, ce seront de grosses sommes que réclameraient les organismes d’assurances. De nombreux clubs, pris dans la nasse de dirigeants qui avaient l’habitude de vivre des subventions de l’Etat, se sont très vite retrouvés à faire la manche pour terminer le premier exercice.

L’argent des bus versé comme salaires

Au lieu de placer, dès les premiers mois, les clubs sous le contrôle des organes de régulation qui ne viennent d’être installés que récemment (la DNCG, ndlr), les clubs ont vécu grâce aux subventions publiques. Et ce soutien n’aurait pas dû servir les sociétés sportives par actions qui sont, théoriquement, régies par le code du commerce. On avait trouvé une astuce pour rendre légal ce soutien public à des entreprises commerciales de droit privé, en versant les subventions dans le compte du club amateur qui lui devait le virer sous forme de prêt à la SSPA. Une gymnastique qui a permis de dilapider des sommes colossales qui n’ont pas servi le football professionnel. L’Etat qui avait promis un soutien et un accompagnement des clubs naissants s’est retrouvé dans la peau du principal bailleur de fonds. Et chaque sou versé dans les comptes de ces SSPA n’était pas investi dans la formation ou le développement de l’entreprise mais dans les salaires des joueurs, gonflés après l’apparition de la surenchère qui a dénaturé l’échelle des valeurs dans le football algérien. L’Etat dans son soutien aux clubs, leur avait accordé des subventions qui devaient servir à l’achat de bus pour le transport des jeunes catégories. Et cet argent a fini en grande partie dans les poches de joueurs tout moyens et leurs agents. La vache à traire était toujours présente quand les fonds manquaient. Les pouvoirs publics versaient de l’argent à profusion sans contrôle ni en aval ni en amont.

Un argent dilapidé dans l’indifférence totale

Les clubs et les actionnaires des SSPA, sans le sou, ont trouvé en les subvenions publiques le moyen de s’enrichir. L’Etat payait et ne demandait pas de comptes. Ce fut alors la grande «zerda». Un président mettait sur le tapis un milliard de centimes pour la gestion de son équipe. Mais dès l’entrée des subventions publiques, il n’hésitait pas à se faire rembourser cette dépense inscrite au titre de prêt. Ce fut aussi le temps des commissions prises à l’occasion des transferts de joueurs, les salaires gonflés ou fictifs perçus par des dirigeants et leurs proches. Une véritable opération  de succion des deniers  publics. La chute de l’empire de la Issaba et la crise de la pandémie ont montré que l’édifice du professionnalisme, bâti sur une bulle d’air, a fini par choir. Les clubs se sont retrouvés en situation de faillite. Cela a poussé l’Etat à intervenir une nouvelle fois pour prendre sous sa coupe certains clubs. Mais la majorité est aujourd’hui délaissée. Le cas de l’USMBA, du NCM, de l’ASAM, du CABBA, du WAT, de l’ESS et bien d‘autres formations est des plus édifiants. Ces derniers sont en cessation de paiement et la logique dicterait la dissolution des SSPA. Mais le malheur est que cette dissolution coûtera trop cher à l’Etat dont le soutien aux clubs s’est tari, en raison de la crise économique générée par la pandémie. La solution à ce problème passe par un moratoire négocié avec les acteurs du football. Cela pourrait permettre une remise à plat du dispositif et une relance par un semi-professionnalisme, en attendant une profonde refonte de tout le système pour le soustraire à la mafia qui l’a dévoyé lors de son lancement.

F. S.

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